dimanche 25 décembre 2011


- Car contrairement aux apparences…
- Qui sont rarement trompeuses, tout comme les premières impressions qui sont toujours les bonnes !
- C’est le genre de paradoxe qui n’amuse que vous. Je reprends : vous n’êtes pas un dessinateur réaliste.
- Je me souviens d'une anecdote qui me fut rapportée, chez Casterman, à l’époque de la sortie de cet album : « Tueur de Cafards ». Mais sans que je puisse jurer de sa véracité car ma mémoire, vous le savez, flanche facilement. Le Big Boss me dit que Jacques T* (qui était un garçon sérieux, LUI, pour bien me faire sentir que, MOI, je l’étais beaucoup moins) avait réalisé des repérages très précis dans NYC et que s’il dessinait telle rue tombant dans telle avenue, c’était une vérité topologique que nul ne pouvait contester.
- Tandis que chez vous, la rue de Rivoli peut très bien donner sur Times Square.
- Vous exagérez encore mais ce serait amusant ! En tous cas, le belvédère du jardin public de mon enfance devient, dans « Magnum song », un lieu imaginaire du nom de « Chaumont’s Heights ».
- Du coup, on ne vous a jamais confié les pérégrinations parisiennes des personnages de Léo Malet ?
- Cela n’aurait pas été raisonnable, des fois que je confusionne Monceau et Montsouris !
- Mais, ici, ce sont bien les quais ?
- Oui, mais situés à deux lieux différents d’un plan à un autre et en changeant même de rive !

- Enfin, virtuellement ! Je me souviens de cette anecdote que vous me racontiez à propos de Léo Malet. Une américaine s’étonnait auprès de l’épouse de ce dernier de la grande science qu’avait l’auteur des mœurs criminelles et du milieu de l’UNDERWORLD. Elle demanda: « Pour en savoir si long, votre mari a du vivre longtemps aux États-Unis ? »
« Vous pensez ! Le plus grand voyage qu’il ait jamais fait, c’est Paris-Montpellier ! » répondit du tac-au-tac l’épouse de Léo Malet. Au fait, vous avez bien illustré certains de ses livres ?
- Pas directement : plutôt ceux de Frank Harding !
- Dans la préface que François Guérif écrivit pour l’une de ces rééditions chez NéO, nous pouvons lire au sujet de ces cités plus inventées que réelles : « C’est une ville imprécise, semblable à n’importe quelle métropole américaine ». Jacques Baudou renchérit : « La ville est la véritable STAR mais, paradoxalement, elle est très faiblement caractérisée… » Ainsi, comme l’exprime si bien Crystel Pinçonnat : « L'inscription de quelques noms propres suffit à ancrer le scénario dans la réalité américaine. Ce procédé crée artificiellement des lieux intérieurs ou extérieurs complètement stéréotypés tels une rue déserte dans un quartier sinistre, un terrain vague, un hôtel sordide ou une usine désaffectée. La ville est comme vidée de son contenu pour mieux déployer son rêve. Elle permet d'enchâsser des décors oniriques et hallucinés qui prennent l'allure de visions »...
- Exactement. Ainsi, sur l’image précédente, ce ne sont pas les quais de New-York City que j’ai mis en scène mais ceux de Granville. J’avais simplement écrit : « Une heure du matin, sur les quais de Old Jamaïca Embankment »…
- Et ce n’est pas vraiment l’aérodrome de La Guardia.
- J’en doute assez !

- Après « La Meilleure Façon de Tuer son Prochain », vous fûtes frappé…
- Traîtreusement.
- Si vous préférez ! Vous fûtes donc traîtreusement frappé par un petit drame éditorial : un individu sans goût vous vola, chez vos amis Albin et Michel, tout un album....
- Avant son impression et même sa photogravure: cet « Été Noir » méritait bien son nom !
- Et vous faites parti de ces individus que les vicissitudes de l'existence brisent bien plus qu’elles ne les renforcent : Vous eussiez fait de la peine à ce bon vieux Nietzsche !
- Savez-vous ce que je pense de Friedrich ?
- Je préfère l'ignorer. Du coup, gros coup de blues et les médocs qui font voir la vie en rose : c’est que vous en avez fait des histoires pour quelques planches…
- Cinquante d’un coup, ou bien une année de travail toute entière : ça fait un grand vide !
- Vous aviez même envoyé votre « CONSIGLIERI » sur le sentier de la guerre et il vous obtint de belles indemnités.
- Belles, c'est une affaire de point de vue.
- Vous envisagez un instant d’acheter une voiture neuve, ce qui nous eut heureusement changé des épaves qui ont toujours eu toutes vos complaisances. Et patatras, coup de folie : vous retournez à New-York City pour y claquer tout ce bel argent...
- Oh! Les gargouilles d'acier riveté qui ornent le « Chrysler Building »!

vendredi 23 décembre 2011


- Vous dites : « Je me souviens d’un temps où trouver des modèles faisait dans le genre fastoche. La procédure était simple : j’alpaguais tous ceux qui avaient la mauvaise idée de s’approcher de mon STUDIO ! »
- Le piège fonctionnait d’autant mieux que, auréolé d’une petite notoriété, je recevais beaucoup ! Et ces visiteurs étaient ravis de devenir des personnages de romans noirs. J’avais, en plus, un aplomb phénoménal et je m’autorisais toutes les audaces: ainsi, pour camper cet homme au chapeau rond et qui erre sans trop savoir pourquoi dans les allées du Père Lachaise, j’avais demandé à un vrai comédien de tenir le rôle. Un qui jouait à l’Opéra. Celui d’Avignon, ce très beau théâtre à l'Italienne. Des amis communs nous avaient présentés. Et c’est horrible : je ne me rappelle rien de la pièce : ni du nom de celle-ci, ni même s’il s’agissait d’un vaudeville, d’un drame ou d’une comédie musicale. Je me demande parfois s’il n’y a pas quelque chose d’effroyablement inconvenant dans le fait de considérer la vie comme une espèce de théâtre dans lequel on peut puiser des personnages ou des situations. De se dire, en rencontrant quelqu’un : « Oh, tiens: il ferait un bel assassin, celui-là ! ». Ou alors, en croisant une jeune femme callipyge: « Celle-ci semble née pour tenir le rôle d'une Antiope : Jupiter lui-même vous le dirait ! »
- Disons, pour conclure ce chapitre, qu’il est des crimes plus grands et, qu'après tout, comme le chante Barbara: « si la photo est bonne… » Mais il y a une chose qui me chiffonne : si vous êtes moins convaincant aujourd’hui, par exemple à convaincre un éditeur à publier votre pavé de 120 pages, est-ce parce que vous ne croyez plus en vous ? L’âge, peut-être ?
- Savez-vous ce que disait John Barrymore ?
- L’acteur ?
- Qui d’autre ? « Un homme n'est vieux que lorsque ses regrets prennent la place de ses rêves… »
- Touchée*!

- A cette époque, et cela revient comme un leitmotiv, vous dites que vous étiez convaincant car vous croyiez alors intensément en vous : est-ce là le secret du succès ?
- Sans aucun doute et bien plus que le talent !
- Et vous avez perdu la Foi ?
- En cours de route, c’est incroyable tout ce que l’on peut perdre, en plus de sa jeunesse !
- Genre : « Oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose !
Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose
Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J'emporte malgré vous,
Il s'élance l'épée haute.
Et c'est... »
- Rien d’aussi romanesque mais des regrets, sans doute. Oui, qu’est-ce que j’étais convainquant. Je me souviens que ma notoriété ( VANITAS, VANITATUM ET OMNIA VANITAS mais cette idée ne m'effleurait pas !) était si grande et mon talent si recherché que ce sont les directeurs artistiques qui venaient me visiter dans mon ermitage du Lubéron !
- Un peu comme François I qui visitait Léonard en son manoir de Cloux ?
- Exactement et sauf que c'était une simple ferme provençale ! Ainsi un matin, arriva un directeur artistique qui m’entretint d’une campagne de publicité et d’un dessin dont je n’ai gardé aucun souvenir. Rien: le vide abyssal, comme si toutes les données avaient été effacées, ou détruites, et cela avec les normes de sécurité de l’armée américaine ! Je me souviens seulement avoir remarqué que les traits de son visage avaient une régularité toute classique. Alors, ZOU: sous les sunlights où je l’ai affublé d’un holster et…
- Oui, qu’en avez-vous fait, de ce malheureux, je vous le demande ? Un dieu ou un héros grec ? Non ! Un suicidaire qui se fait péter la tronche sous le kiosque à musique de la place de la République...

- Avant de rompre avec les éditions Casterman, vous aviez réalisé une histoire d’écrivain assassin, cela pour un numéro spécial de (A SUIVRE) célébrant les noces du POLAR et de la BD.
- C’est durant l’été 1981 que je demandais à plusieurs écrivains de me servir de modèles pour les différents personnages de cette nouvelle.
- Et ils ont tous accepté ?
- Étrangement oui. Je devais être très convaincant ou bien je croyais en moi. En tous cas, c’est par une fin d’après-midi ensoleillée qu'aux limites de la Beauce, je descendis en gare de Dourdan et que je gagnai une belle propriété : est-ce celle de l’ancien bottier de Napoléon III ou un truc de ce genre, mon souvenir est confus à ce sujet. Mais, ce qui est certain, c’est que je n’en retrouverais jamais le chemin. Whatever. Dans la fiction, cela devint :
« C’est dans la douce lumière d’une fin d’après-midi que je descendis en gare de D*, petit bourg du Hurepoix où résidait celui qui était en tête de liste sur mon petit carnet noir…
La villa de Gaston Vermillard fleurait bon le sirop en cette saison consacrée aux confitures ménagères. Le visage empourpré par la chaleur des fourneaux, mon ancien éditeur sortit faire quelques pas.
Je n’éprouve généralement aucune sympathie pour les éditeurs : ceux-ci souffrent d’un sentiment de persécution qui les entraîne à penser que Dieu ne créa les auteurs que pour en faire leurs ennemis naturels.
Pourtant, je m’étais attaché à Vermillard dont la chaleureuse bonhomie avait su faire fondre les glaces de ma réserve.
Sa trahison en fut d’autant plus cruelle… »
- C’est très curieux que vous ayez écrit, au bord d’une belle piscine au pied du Mont Ventoux et en pleine gloire, le récit d’un artiste fini.
- Ce que c’est que l’imagination ! Par contre, je n’aurais jamais imaginé, adolescent qui hantait les cinémas de quartier de Puteaux où j’étais alors exilé et où les démolisseurs s’en donnaient à cœur joie, c’est qu’en voyant « Adieu l’Ami », c’est que je mettrais un jour en scène son réalisateur, Jean Herman !

- C’est le Rédac’ Chef de « A SUIVRE » qui a du pousser un « OUF » de soulagement en se rendant compte qu’il avait échappé à la chute de ce « météore graphique dont les compositions extraordinairement intenses et l’univers très noir marqueront les premiers temps du magazine » ainsi que l’écrivait l’auteur de cette somme : (A SUIVRE) UNE AVENTURE EN BANDE DESSINÉE…
- Racontez ce qu’il vous chante mais vous ne pourrez m’enlever le fait que « Paris-Fripon » a très bien marché. Il y eut en eût deux rééditions, l’une dès que l’Écho des Savanes fut racheté par « ALBIN MICHEL » et une dernière, augmentée d'un prologue…
- Totalement inutile. Il y eut même un portfolio titanesque reproduisant quelques planches dans leur format original.
- L’ouvrage était superbement préfacé par Jean Vautrin.
- Personne ne vous refusait rien, à cette époque. Vous étiez, et à vos frais, monté spécialement à Paris pour numéroter et signer les exemplaires mais vous n’avez jamais touché un sou sur cette affaire. Pire, le photograveur (car une fois de plus vous aviez voulu superviser cette étape), vous rappela toujours qu’il n’avait jamais été payé non plus... Dites : vos décors rappellent étrangement ceux où se déroule ce drame conjugal de Pierre Granier-Defferre, « Le Chat ».
- Il y a une bonne raison à cela : il s’agissait, dans les deux cas, de Courbevoie.
- Les vôtres sont encore plus déglingués.
- Les BULLDOZERS avaient poursuivis leur œuvre et il ne restait plus que des ruines de ce qui avait été Le Rond Point de La Défense et tous les quartiers qui l’entouraient, du Pont de Puteaux jusqu’à L’Ile de la Jatte.

- Dans « Paris-Fripon », notre auteur croit bon de greffer une intrigue parallèle et dans laquelle il met en scène un certain Jean-Léon Jérôme, Ministre de la Culture, qu'il décrit ainsi:
« Jean-Léon prenait très à cœur son portefeuille ministériel et n’hésitait jamais à mouiller sa chemise sur le terrain pour découvrir de nouveaux talents.
Oui, Jean-Léon était un vrai mordu des ARTS, sous leurs formes les plus diverses et souvent les plus avant-gardistes. Intérêt touchant qu’il cultivait de préférence au « Paris-Fripon », ce temple de la culture, véritable serre propice au développement et à la croissance des plus belles plantes de la capitale. De plus, lui-même artiste amateur, il avait fait passer sous ses pinceaux toutes les artistes qui se produisaient sur la scène du célèbre cabaret.
Sa véritable passion, c’était en fait la peinture à l’huile mais, pour des raisons olfactives, il avait du y renoncer : vous imaginez un ministre qui laisse derrière lui des effluves d’huiles, de térébenthine et autres vernis ? Bien sûr que non. Alors, la mort dans l’âme, il s’était résolu à la pratique de la sanguine et des aquarelles. Il accompagnait toujours ses petits dessins de maximes ou de versets de l’Ancien Testament. Lesquels, même s’il ne les comprenait pas toujours, donnait à son œuvre des profondeurs insoupçonnées… »
- Quelle absurdité ! C'est un peu comme si vous mettiez en scène un très haut responsable des affaires de ce monde et lui prêtiez des frasques de nature à ruiner sa carrière et tout cela, par exemple, dans la suite d’un palace international. C’est invraisemblable.
- Totalement ! - Confirma la Brunette - Il n’y a que dans l’imagination des romanciers de gare que des hommes politiques se révèleraient être des disciples de Priape, trainant derrière eux une longue cohorte de scandales plus ou moins bien étouffés sous l’oreiller !
In petto, l’auteur convint que ce genre de choses ne pouvait se produire dans la vie réelle. Il avait parfois trop d’imagination...

- Et « Paris-Fripon » serait encore une histoire de maniaque qui extermine, non pas des rouquines comme dans « Magnum Song », mais des danseuses de cabaret ? - Demanda le Fantôme des Années Anciennes en sortant de sa réserve.
- Tiens donc : je n’y avais pas songé.
- Ne me dite pas qu’il y avait aussi un détective privé qui enquêtait sans conviction ?
- Comment avez-vous deviné ? Mais c’est bien le cas : Junior est chargé de récupérer des bobines en « Super 8 », lesquelles pourraient ruiner la carrière d’une actrice au demeurant prometteuse.
- En quoi sont-elles compromettantes ?
- On ne le saura jamais, en tous cas dans la version originale. Comme les microfilms de « North by Northwest », ces pellicules ne sont qu’un Mac Guffin.
- Toute analogie avec l’œuvre du Maître s’arrêtant là ! Dans ce passage, vous mettez en scène ces chutes de reins qui semblent tant vous inspirer. Le détective passe dans ses bureaux après une journée résolument infructueuse.
Une jeune femme, une inconnue, l’attendait.
- Il est inutile - dit-elle - que je me présente, n’est-ce pas ?... Enfin, voyons : la Grande Star ... Vous ne sortez donc jamais ?... Bon, j’ai visiblement à faire avec un anachorète : je m’appelle Lucia de Heredia.
« Saperlipopette ! » Pensa Junior en se disant que les chefs opérateurs, les éclairagistes et les maquilleurs étaient de véritables magiciens. Mais il garda prudemment cette réflexion pour lui et répliqua prudemment :
- Ah, d’accord !
- Savez-vous où se trouvent ces sales négatifs: je suis prête à tous les sacrifices pour les récupérer.
Junior se demandait bien jusqu’à quel point elle était prête à fraterniser avec un anachorète. Hélas…
DRINGGG !
- Ha ! Ha ! Ha ! - Pouffa la jeune effrontée - Voilà ce qui s’appelle un sacré coup de théâtre.
- Oui: heureusement pour notre auteur que l’on a inventé les sonnettes, qu’elles soient d’entrée ou de téléphone ! - Renchérit l’Autre.
« Nul arrêt du Destin ne saurait ébranler mon courage » songea notre auteur en se disant qu'elles n'avaient pas tord et que, peut-être et comme il l'avait écrit au tout début de cette aventure, il ne faisait que tourner en rond autour de deux ou trois thèmes.
Il manquait parfois d'imagination.

- Était-ce une sorte de prémonition que cette image d'un homme montant l'escalier de l’immeuble de la rue Portefoin et où se trouvaient les locaux de « L’Écho des Savanes » ? Toujours est-il que je désertai la rue Bonaparte pour le célèbre magazine « underground ».
- Que s’était-il passé ?
- Je crois qu’après : « DING, DONG ! Oui ? BLAM ! », « KLIK ! KLAK ! Fit le Kodak » fut la phrase en trop pour les nerfs du Rédac’ chef.
- C’est humain. Oh, mais me voilà encore sur cette image. En blonde car « The Gentlemen Prefer Blondes »!
- N’empêche que ça me facilitait pas les raccords pour ton personnage.
- J’aime pas la bouille de ce type : je suis certaine qu’il ne veut aucun bien à cette pauvre mademoiselle Mimi. Ou Lulu, ça dépend des clients !
- Ton inquiétude est fondée car il s’agit d’un serial-killer.
- L’a bien la tête de l’emploi ! Et il s’attaque au patrimoine culturel de la capitale ?
- Exactement, un ennemi du beau !

- Zut : il est temps que j’intervienne ! - S’exclama à cet instant une voix joyeuse et aux accents encore juvéniles car, contrairement à leurs créateurs, les personnages ne vieillissent jamais.
- Ah, c’est toi : qu'est-ce tu viens faire dans mon histoire ?
- C’est qu’il s’agit de plus en plus de la mienne, d’histoire, dont tu causes.
- Bah: personne ne croit un mot de ce que j’écris.
- Néanmoins, j’envisageais de te demander de partager avec moi les droits d’auteur car, il faut bien le reconnaître, ton univers me doit presque tout.
- Tu exagères ton importance.
- Nous nous sommes bien rencontrés dans un cabaret où je travaillais, près de l’Opéra ?
- Je ne me souviens même plus de son nom, à ce cabaret-là. Et puis, je ne t’ai jamais demandé de jouer les Antiope: c’est une pure invention de ma part. La preuve, je ne savais même pas qui c’était, Antiope ! Quant aux droits d’auteurs, je te donne volontiers le nom de deux de mes éditeurs. Peut-être seront-ils plus sensibles à tes arguments...
- Hum… Je ne suis pas certaine que cela vaille la peine d’entamer une procédure.
- C’est exactement leur raisonnement et ils en profitent ! Maintenant, et si tu le permets, j’aimerais reprendre mon histoire car j’en arrivais à « Paris-Fripon ».
- « Paris-Fripon » ? Mais j’en étais : je jouais le rôle d’une danseuse de cabaret. Mademoiselle Mimi ou mademoiselle Lulu, ça dépendait des clients. Dans une scène, Mimi ou Lulu, déplorait auprès du Ministre de la Culture Jean-Léon Jérôme (un inconditionnel de Terpsichore lui aussi), le manque de considération dont témoignaient les plus hautes autorités à l’égard de son art et en lui refusant, malgré tout son dévouement, les « Palmes Académiques ». Lesquelles étaient réservées aux étoiles de l’Opéra, « de vraies artistes, elles » - Ajoutait le maladroit (doublé d’un ingrat ).
Lulu ou Mimi : Ah ! Parce que moi, je n'en suis pas une, d'artiste: c’est ça ?
Jean-Léon Jérôme : Si tu veux la vérité au sujet de tes prestations scéniques, c’est NON ! Le ministère n’est pas prêt à reconnaître pleinement les vertus artistiques des danseuses de cabaret !
Lulu ou Mimi : Et qu’est-ce que j’ai de moins que les autres ?
Jean-Léon Jérôme : Je ne sais pas : quelques centimètres carrés de tissu en moins...

- Taratata ! - S’exclama une voix familière - Blondes ou brunes, nous sommes toutes à la merci des caprices de notre créateur. Pour lequel, comme tous les hommes, ce quatrain va comme un gant :
« Le change, seulement, sert à régler ma vie.
L’objet le plus parfait ne me plait qu’un moment.
Et, ce qui plus encore à l’aimer me convie,
C’est le désir que j’ai de changer promptement! »
- Vous me fendez le cœur: nul ne se rend compte des sacrifices auxquels j’ai du consentir afin d’exercer mon apostolat. Par exemple…
La scène se passe rue de l’Opéra. L’aube pointe le bout de son nez et une jeune femme sort du cabaret où elle travaille. KLACK ! KLACK ! KLACK ! Font ses talons hauts. Notre artiste, toujours à la recherche de nouveaux talents, la rejoint :
- Ah! Mademoiselle! Mademoiselle! Voulez-vous interpréter une Antiope?
- Une Antiope ? Non mais ça va pas, espèce de malade! PAF!... (Une gifle)... Et d'abord, c'est quoi une Antiope? - Qu'elle demande, se ravisant et en se disant que, peut-être, elle rate quelque chose.
- Antiope? C'est une femme que Jupiter a beaucoup aimé... Enfin, d'un certain point de vue!
- Jupiter? Le type qui règne sur l'Olympe?
- Voilà! C'est un sujet tiré de la mythologie et dont les plus grands peintres se sont inspirés, à commencer par Watteau dont le « Jupiter et Antiope » est exposé au musée du Louvre. Un thème cautionné par l'Académie des Arts elle-même!
- L'Académie ? Le Musée du Louvre ? Mince, c’est du lourd! Naturellement, vu sous cet angle...
- Pardi, vu sous cet angle!... Topons-là, Mademoiselle!
(Un peu plus tard, dans le STUDIO...)
- Dites, monsieur, j'enlève tout?
- Non, ma chère petite, pas les gants! Jamais les gants!

- Dites : les histoires d’appareils photographiques, avec ceux qui se trouvent d’un côté ou de l’autre de l’objectif, ça vous a toujours inspiré ! Déjà, dans « Magnum Song », il y avait une histoire de modèle (une pauvre innocente) et un photographe (The Big Bad Wolf).
- KLICK! KLACK! Disait simplement le texte...
- Et l’on vous a payé, pour si peu de mots, comme journaliste ?
- Dessinateur de presse, ça existe !
- Oui, mais ils commentent l’actualité politique ou sociale, eux.
- Vous savez, moi…
- Oui, « Les nouvelles sont mauvaises / D'où qu'elles viennent » ! En attendant, vous ne semblez pas avoir laissé à ces gens, Casterman, un souvenir impérissable : « Claeys, surgi tel un astre sombre, fait dans « A SUIVRE » une entrée flamboyante, s’y installe l’année suivante en une suite d épisode somptueux, mais ne donnera pas suite à cette entrée en matière prometteuse… » écrit l’auteur de ce gros bouquin (A SUIVRE) UNE AVENTURE EN BANDE DESSINÉE
- C’est tout moi : un astre sombre !

- Je me souviens de ce passage, dans les entretiens entre Alfred Hitchcock et François Truffaut, et qui traite des clichés de FILM NOIR...
F. T. Je reviens à la scène de l’avion dans le désert. L’aspect séduisant de cette scène réside dans sa gratuité même. C’est une scène vidée de toute vraisemblance et de toute signification; le cinéma, pratiqué de cette façon, devient vraiment un art abstrait, comme la musique, Et cette gratuité que l’on vous reproche souvent constitue précisément l’intérêt et la force de la scène. C’est très bien indiqué par le dialogue quand le paysan, avant de monter dans l’autocar, dit à Cary Grant, en parlant de l’avion qui commence à évoluer au loin:
«Tiens Voilà un avion qui sulfate et pourtant il n’y a rien à sulfater...»
L’avion ne sulfate rien et on ne devrait jamais vous reprocher la gratuité dans vos films, car vous avez la religion de la gratuité, le goût de la fantaisie fondée sur l’absurde.
A. H. Le fait est que, ce goût de l’absurde, je le pratique tout à fait religieusement.
F. T. Une idée comme celle de l’avion dans le désert ne peut pas germer dans la tête d’un scénariste car elle ne fait pas avancer l’action, c’est une idée de metteur en scène.
A. H. Voici comment l’idée est venue. J’ai voulu réagir contre un vieux cliché: l’homme qui s’est rendu dans un endroit où probablement il va être tué. Maintenant, qu’est-ce qui se pratique habituellement? Une NUIT NOIRE à un carrefour étroit de la ville. La victime attend, debout dans le halo d’un réverbère. Le pavé est encore mouillé par une pluie récente. Un gros plan d’un CHAT NOIR courant furtivement le long d’un mur… »
- Qu'est-ce qu'il a contre les chats noirs, celui-là? - S’exclama la chatte Noire, sortant un instant d’une somnolence boudeuse.
- « Un plan – Continuais-je en faisant celui qui n’a rien entendu - d’une fenêtre avec, à la dérobée, le visage de quelqu’un tirant le rideau pour regarder dehors. L’approche lente d’une limousine noire, etc. Je me suis demandé: quel serait le contraire de cette scène? Une plaine déserte, en plein soleil, ni musique, ni chat noir, ni visage mystérieux derrière les fenêtres!... »
- Vous, en tous cas, vous n’en aurez raté aucun, de « clichés » - Attaqua à son tour le Fantôme des Années Anciennes - Vous êtes même une sorte de collectionneur. Ainsi quand votre détective ne déambule pas parmi les « immeubles décrépis, les poubelles, les machines abandonnées ou les usines désaffectées » (le tout enrobé d’une couche de « SMOG » ou saupoudré d’un crachin tenace!), il hante les boîtes de nuit où se produit le genre d’artiste dont, tout au long de votre carrière, vous avez célébré les performances.
- J’ai toujours été sensible aux arts chorégraphiques.

Ainsi donc, tandis que Jonathan Foolisbury mène ses investigations dans les bars peuplés de blondes gouailleuses, un tueur mystérieux décime, de son côté, la population des rouquines.
- Il y a une bonne raison à cela.
- Oui, mais je vous serais reconnaissant de la garder pour vous afin d’en réserver la surprise à mes lecteurs.
- Ah ! Vous avez trouvé un vrai éditeur, pas le genre qui disparaît dans la nature avec l’argent qu’il vous doit et en jouant courageusement les abonnés absents ?
- Pas encore mais j’ai échafaudé un plan diabolique pour en débusqué un.
- Vous m’inquiétez. (En aparté vers le public ou plutôt vers le lecteur : « Pauvre type : il roule complètement sur les jantes ! ») Mais racontez plutôt…
- Le prochain Festival du POLAR de Villeneuve sera consacré au « FILM NOIR », bref l’occasion rêvée de sortir cet album qui en est un vibrant hommage.
- Oh ! Vous faites encore l’affiche de ce Festival ?
- Chut ! Que ce secret reste entre nous.

- Rappelez-nous l'histoire.
- Jonathan Foolishbury, détective privé et âme vendue du Sénateur Stooge, enquête sur une série de meurtre de rouquines.
- Derrière ce petit argument, « Magnum Song » était un prétexte pour dessiner des avions à hélices, des docks baignées par des eaux poisseuses, des steamers, des foggy days, des escaliers extérieurs en métal boulonné et des Colt Python...
- De préférence, et même exclusivement, en quatre pouces! Au sujet de cette planche, je me souviens très exactement du texte.
Foolishbury : Je cherche une fille.
La Fille : Désolé, Lourdaud : t’es pas mon style !
Foolishbury : Rousse, le genre femme fatale…
La Fille : Toi, t’es le genre à qui toutes les femmes sont fatales !
Je m’en rappelle car c’est Lucques qui m’avait soufflé la dernière réplique.
- Ce bon vieux Lucques ? Qu’est-il devenu celui-là ?
- Après un long séjour dans les caraïbes, il s’est installé à Miami.
- Miami ? Mince, comme c’est exotique…

DRRRINNNG !
- Oui ?
BLAM !
- Quel texte !
- N’est-ce pas ? Je suis assez fier de moi. Après « 1934, A RAINCOAT ODYSSEY », mon histoire s’appela : « East Side Story »…
- Et vous trouviez ça mieux ?
- Pas vraiment : heureusement, j’ai imaginé « Magnum Song ». C’était apparemment dans le numéro 17 où il y avait un dossier sur « Les Obsédés de la Gâchette » et dont j’étais l’un des thuriféraires. C'est absolument incorrect.
- Que vous ayez été un détraqué, amateur de flingues ?
- Non, le terme gâchette : il faut dire détente. La gâchette est à l’intérieur de l’arme et l’on ne saurait la presser. Mais l’article sur moi est des plus douteux: la preuve, c’est moi qui l’avais écrit !
- Rassurez-moi : vous aviez, pour ce deuxième album, un vrai scénario?
- Un truc en béton. Quoique… A l’origine, il s’agissait plutôt d’une nouvelle…
- Laquelle s’est étirée pour devenir un roman « A SUIVRE » ?
- Disons que ce fut une trame sur laquelle je bâtis un feuilleton qui s’écrivait au fur et à mesure de ma fantaisie.
- Au grand désespoir du rédac’ chef.
- Retenons simplement que « Magnum Song » fut un joli succès. Les 10000 premiers exemplaires se vendirent rapidement et l’éditeur dut faire un retirage.
- Un retirage ? C’est fou !
- A l’époque, les éditeurs étaient de vrais professionnels. Quand ils publiaient un livre, ils travaillaient le titre. Ainsi, pour l’office de premier trimestre 1981, il n’y eut, chez Casterman, que deux sorties: « Magnum Song » et « Fables de Venise » d’un type qui s’appelait… Heu...
- Pratt. Hugo Pratt.
- Quelque chose comme ça !

- « Whisky’s Dreams » était un bel objet relié toile, avec jaquette et vraies pages de gardes. Un certain nombre d'exemplaires était accompagné d’une sérigraphie, numérotée comme il se doit. Je lis sur la dernière page: achevé d’imprimer aux Presses de la Bûcherie, à Paris, le 12 septembre 1977… Je me souviens: B.Diffusion était une structure indépendante qui distribuait, par exemple, les albums de Claire Bretécher. Laquelle, à l’époque, s’autoéditait… Lionel C* m’avait proposé de faire de même et de me distribuer dans des conditions qui m'étaient scandaleusement avantageuses. Mais je m'étais dégonflé car le côté administratif et comptable m’effrayait. Du coup, B.Diffusion se diversifia et créa les éditions du Cygne dont je fus le premier auteur. Les choses se passaient de façon aussi simple que ça...
Le livre se vendit bien, très bien même pour un truc issu d'une revue UNDERGROUND et qui n'était qu'un kaléidoscope de toutes les influences musicales, cinématographiques ou graphiques dans l’air du temps. Les textes étaient, quant à eux, très influencés par les auteurs fin de siècle pour la première partie puis par Jean Ray et Raymond Chandler dans la seconde…
- Flute ! - qu’elle s’exclama tout en feuilletant ces planches anciennes - Mais que s’est-il passé entre l'image précédente, cet authentique nadir de l’horreur, style nouille ou rococo, et celle-ci, plus mature, qui annonce clairement le domaine où vous alliez sévir: le Roman Noir…
- Je peux attribuer cela à une prise de conscience intellectuelle ?
- Non, personne ne vous croirait…

Simon Schama écrivit: « Et in Arcadio ego. La première fois que je suis tombé sur cette phrase, ce n’était pas dans une pastorale, sur toile ou en vers ; il s’agissait d’un objet dans le roman d’Evelyn Waugh: Retour à Brideshead. La formule s'inscrivait au travers d'un crâne, posé avec une splendeur ostentatoire dans les appartements de Charles Ryder à Oxford »...
Moi aussi. Moi aussi j'ai découvert cette expression en lisant Brideshead Revisited. Ou plutôt en voyant la série où Jeremy Irons jouait le personnage de Charles Ryder, un épouvantable snob.
Pour moi, cette Arcadie se situe très exactement au début des années soixante-dix et, si l’on voulait y joindre une musique, je choisirais une chanson de David Bowie. Mais ce pourrait être le « Berlin » de Lou Reed ou « These Foolish Things » de Brian Ferry…
- Quelle horreur ! S’écria-t-elle avec un air révulsé.
- M’enfin ! Il était très bien, cet album.
- Je parle pas de l’autre angliche mais de votre dessin !
- N’en rajoutez pas : j’étais tout débutant. Et puis j’ai, comme qui dirait, des circonstances atténuantes : c’était la pleine époque de ce que l’on appelait le Rock Décadent et j’avais été très marqué par un article de Paul Alessandrini, publié dans un numéro de Rock & Folk et grâce auquel j’ai découvert les auteurs fin de siècle. Genre Oscar Wilde, Jean Lorrain ou JK Huysmans…
- Découvrir la littérature dans « Rock et Folk », c’est pathétique. Quant au style, un un spécialiste écrivit à ce sujet: « La première partie de Whisky’s Dreams se présente comme un catalogue, un beau carnet d’études dont les figures, les motifs et le graphisme font référence à Mucha et à Bearsdley, les textes à Jean Lorrain. Mais le trait au pinceau est mou, son épaisseur complaisante, l’histoire remplie d’afféteries stylistiques »!

mercredi 23 novembre 2011

Quatrième de couverture


- Assez ! Ne racontez pas toute l’histoire.
- Vous croyez ?
- J’en suis certaine. Nous voilà donc à la quatrième de couverture.
- Déjà ?
- Ah ! Vous avez juré de me faire de la peine et vous avez reproduit ce « BAISER » que vous aviez sournoisement vendu. Non ! Je sais ce que vous allez me dire : « Faut bien vivre et l’on vend ce qu’on peut ou ce que l’on a ! »
- La vie d’artiste n’est pas toujours ce que l’on imagine.
- Oui, j'ai eu le temps de m’en rendre compte ! Cette citation, elle vient d’où ?
- La Ballade de la Geôle de Redding :
« Pourtant chacun tue ce qu’il aime.
L’un avec les mains du Désir,
Et l’autre avec les mains de l’Or.
Le plus humain prend un couteau :
Sitôt le froid gagne le corps.
Amour trop bref, amour trop long,
On achète, on vend son désir.
Certains le tuent avec des larmes
Et d’autres sans même un soupir.
Car si chacun tue ce qu’il aime,
Chacun n’a pas à en mourir ».
- Je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée, même si la citation fait mouche.
- Et pourquoi donc ?
- Cela fait trop littéraire et risque d’effaroucher l’éditeur qui, généralement, n’est pas trop amateur de phrases!
- C’est que Charles est écrivain et qu’il ne sait rien faire d’autre.
- Comme vous.
- Je l’avoue : je n’ai pas baroudé, je n’ai pas connu de guerre et n’ai vécu, en somme, que dans le monde artistique. Au moins, je parle de ce que je connais.

- Vous avez eu raison de ne pas publier la suite de l’entrevue de Charles avec sa connaissance. D’une part, elle vous aurait valu les foudres de la censure et, de l'autre, il faut bien garder des planches inédites si, un jour et par miracle, un éditeur (mieux, un amateur de causes désespérées!) venait à s'intéresser à vous. Que disait le dernier ? Ah, oui : « Que vous étiez un véritable auteur ! » Hélas, poursuivait-il, cette situation rendait difficile le fait de vous trouver une place dans ses collections: l’envergure de vos ailes, probablement.
- Ah ! Comme les albatros ? Probablement. Bon, revenons à Charles et à ses recherches. Il rend visite à Miss Plunkett, une bonne copine à lui…
- Encore une ?
- Ne vous méprenez pas : ce sont des préoccupations intellectuelles de la plus haute espèce qui les lient.
- Vous me rassurez.
- Le texte de la page précédente disait : « Miss Plunkett payait ses études de théologie en se produisant sur la scène de ce temple de l’art : Le Paris-Fripon.
« Mais qu’avez-vous en tête, mon pauvre Charles ? Une vengeance ? Je vous le déconseille : vous faites partie de ces individus envers qui la vie semble avoir les meilleures intentions mais prend, en fait, un malin plaisir à ne pas les tenir !... Cela ne vous ennuie pas que je m’habille tandis que nous devisons ? Et, tiens, si vous y tenez, je vous indiquerais un lieu où, à coup sûr, vous trouverez Vermillard.
C’est là, précisément, qu’il donne certains rendez-vous d’affaire. Et devinez : il y attend ma visite afin que je l’instruise de la somme que j’ai écrite sur la pensée paulinienne.
Le lendemain matin (Nous sommes dans la planche ci-dessus)
Charles, in petto : « Ainsi monsieur Vermillard avait, en ce moment, la fibre mystique. Ah, le vieux saligaud ! Tiens, ce n’est pas dans les écrits de Saint que j’avais lui trouver de la lecture mais dans les pages les plus sombres de l’« Ancien Testament »…

mardi 22 novembre 2011

Turlupinade


N’ayant pu obtenir aucune information auprès de la secrétaire particulière de Gaston Vermillard, son ex-éditeur, Charles a le moral dans les chaussettes. Il fait partie de ces individus que les vicissitudes de l’existence brisent bien plus qu’elles ne les renforcent ! Cheminant un peu au hasard, il se retrouve dans un quartier où il a ses habitudes…
« Charles, mon chou - L’interpelle familièrement une de celles-ci - Fais pas le délicat: tout le monde ici connaît tes petites manies. On est du même bord ! Alors oublie tes petits soucis et allons rigoler un brin … »
« Non, vraiment : cela ne serait pas sérieux. Encore que… Une petite pause pourrait m’être salutaire. Après celle-ci, peut-être que le soleil brillerait à nouveau, que le ciel serait bleu et que les oiseaux gazouilleraient joyeusement ? »
« Pardi ! »
- Mon pauvre ami ! Je comprends que cette histoire rebute tous les éditeurs : ce n’est qu’une petite turlupinade dont l’action n’avance guère… Ah, non!
- Non, quoi ?
- Vous ne pouvez publier la planche suivante: elle est réservée à un public non seulement adulte mais aussi averti.
- Chiche !

lundi 21 novembre 2011

Mollie Clarke: secrétaire particulière


- « C’est ainsi - Raconte Charles - que je me rendis au domicile parisien de mon ex-éditeur: Gaston Vermillard. Je fus reçu par Mollie Clarke, sa secrétaire. Hélas, Vermillard était absent et elle ignorait tout du lieu de villégiature de son patron. Mollie avait pourtant la meilleure nature qui soit : nul sacrifice ne lui semblait trop grand pour complaire à son prochain car le lait de la tendresse humaine courrait fougueusement dans ses veines ! »
- Attendez : le personnage principal, après avoir déambulé du côté du « Flat Iron Building » se retrouve, sans la moindre transition, en compagnie de la secrétaire de Vermillard ?
- Bah ! Était-il nécessaire d’infliger toutes sortes de vignettes barbantes, de le montrer dans l’escalier puis sonner pour enfin dire poliment: « Bonjour Madame ! » ? Non ! Non ! je préfère en arriver immédiatement au cœur du problème.
- Ah ! Parce que vous appelez cela « le cœur » du problème.
- What's else ?
- Résumons la scène: ce garçon, qui n'a rien de vraiment bouleversant, visite une dame, presque inconnue de lui et, tandis qu'il ôte juste son galurin, elle se fait un devoir d'ôter presque tout ce qu'elle porte.
- Des manières qui raviraient n'importe quel gentleman...
- Mais qui ne sont pas du tout réalistes! Mais j'oubliais que la mécanisme des hommes était si simple que le mode d’emploi en tiendrait facilement sur le dos d’un ticket de métropolitain.

The Flat Iron Building


Charles Neville poursuit : « Fin analyste de l’âme humaine, Somerset Maugham note qu’à Paris, « la vie littéraire est une lutte sans merci, où tout le monde livre une lutte impitoyable à tout le monde, où une clique attaque une autre clique, où l’on doit constamment se défier des pièges de ses ennemis et où, enfin, l’on n’est jamais certain de ne pas recevoir, dans le dos, un coup de dague donné par un ami ».
- Aie ! Fit-elle.
- Vous vous êtes fait mal ? Demanda l’auteur par pure rhétorique car il est rare que les fantômes des années anciennes se blessent, d’une manière ou d’une autre.
- Non : je fais allusion à Somerset Maugham. A l’évocation de ce nom, les éditeurs, à qui vous envoyez cette histoire, la referme vite fait.
- Comment ça ?
- Oui, ils se disent : « Houlà ! Houlà ! Prise de têtes et compagnie.
- Somerset Maugham est très populaire : il est même adapté en série télévisée !
- C’était par la BBC, au tout début des années soixante dix.
- Et alors ? Je me souviens très bien de « The Fall of Edward Barnard ». Un exemple pour moi. Je peux reprendre ?...
« Ces derniers mois m’avait fait éprouvé la justesse de ses propos. Victime d’une infernale cabale, j’étais aujourd’hui sans avenir artistique.
En retour, je souhaitais que les artisans de ma déchéance reçoivent, mesure pour mesure, leur du. Et, sur une liste noire, j’avais inscrit une liste noms à biffer » …

« BURBERRY », « BORSALINO » et « Smith & Wesson »


- « Au début du dix-huitième siècle, certains clubs se multiplièrent, en Angleterre : leur vocation était de bafouer la morale et la religion. Ainsi en fut-il de la société pour la propagation du vice : Le « Hell Fire Club ».
Fondé par sir Francis Dashwood, le club tenait ses assises dans un ancien monastère cistercien du Buckinghamshire. Officiellement dissous, il survécut secrètement tandis que sa raison sociale devenait « société pour l’encouragement au meurtre. J’avais décidé de rejoindre ce club très privé des zélateurs du crime et de l’assassinat »...
- Notons que cette planche est un phagocytage de deux illustrations réalisées pour les affichages « MARIGNAN ». Un somptueux catalogue qui répertoriait tous les emplacements des 4x3... Vous étant encore pris pour modèle, toujours avec vos fidèles « BURBERRY » et « BORSALINO », le raccord était facile... Et l'artillerie ?
- Charles Neville charge un « Smith & Wesson » modèle 19 en deux pouces et demi, une longueur de canon beaucoup trop courte pour que la munition puisse exprimer tout son potentiel destructeur...
- Mais tellement plus photogénique.
- Exactement.

« La Meilleure Façon de Tuer son Prochain »


- Bonté Divine ! C’est que, sans scrupules, vous semblez décidé à exploiter encore cette belle représentation de moi-même.
- Un hommage.
- Dans ce cas, c’est pas pareil ! « La Meilleure Façon de Tuer son Prochain » était un titre qui était à la fois un démarquage d’un roman de Pierre Siniac dont vous aviez réalisé la couverture (« Comment tuer son meilleur copain ») mais aussi une référence à Thomas de Quincey.
- Lequel écrivit: « De l'Assassinat considéré comme un des Beaux-Arts ».
- C’est là que vous avez découvert le « Hell Fire Club ».
- Qui est aussi le titre d’un épisode de « The Avengers / Chapeau melon et bottes de cuir ».
- Je vous fais confiance pour toute forme de connaissance à la fois inutile et dérisoire !
- Mon histoire commençait ainsi: « De leurs yeux de pierre, les gargouilles scrutaient avec inquiétude le ciel qui se couvrait. Auraient-elles eu de sombres pressentiments ? En tous cas, j’avais très à cœur de les exaucer dans leurs prédictions les plus noires ! Je m’appelle Charles Neville et suis écrivain. Le matin même, j’avais reçu un appel téléphonique qui m’ouvrait les portes d’un club très fermé » …

« L’Heure Bleue »


- Samedi 16 février 1982: en bas des pages culturelles du « Monde », se trouve, juste en dessous de l’affiche « 1900 » de Bernardo Bertolucci et à côté de « Mad Max », un petit encart publicitaire absolument incongru: « Jusqu’au 19 février Soldes sauvages au Bon Marché Rive Gauche ». Je sais, c'est très mal de faire de la publicité pour ce genre de manteaux. Mais peut-être mon agent ne m'avait-il pas dit pour qui je travaillais. De toutes façons, ça n'avait rien de personnel: je faisais ça pour l'argent.
- Ce n'est pas très noble.
- Non, mais faut bien vivre. Je me souviens qu’il s’agissait de la première version de ce dessin que, plus tard, j’ai appelé « L’Heure Bleue ». Un vrai best-seller que ce dessin-là ! Car il servit ensuite de couverture pour l’Eté Noir (tellement noir, cet été-là, qu’il me valut une année de NERVOUS BREAKDOWN après que l’ensemble de l’album eut été volé dans les locaux de l’éditeur. Hormis la couverture et les dernières pages, on ne sait pourquoi ). Ensuite il fut carton d’invitation, devint la couverture d'un numéro de 813 consacré à la légendaire collection « Le Miroir Obscur » des éditions NéO et, dernièrement, pour l’édition italienne de "LA NOTTE CHE HO LASCIATO ALEX" de Hugues Pagan.
- Certains affirment que l'heure bleue est le moment précieux où, alors que l’astre soleil bascule à l’horizon, le ciel se remplit presque entièrement d'un indigo particulier. L’arôme enivrant des fleurs serait à cet instant magique plus intense qu’à toute autre heure du jour.
- C’est aussi, et bien sûr, un parfum de Jacques Guerlain qui, un soir d'été, ressent un trouble étrange. Il raconte : « Le soleil s’est couché, la nuit pourtant n’est pas tombée. C’est l’heure suspendue. L’heure où l’homme se trouve enfin en harmonie avec le monde de la lumière ». La légende, écrite sans doute par la Maison Guerlain elle-même, veut que, de cette émotion, naisse ce parfum contenu dans un précieux flacon de style art nouveau et surmonté d’un bouchon en forme de cœur évidé. C’est un parfum que l’on apprécie vraiment que plusieurs heures après qu’une femme ne s’en soit revêtue, lorsqu’il n’en reste que des effluves un peu passés…
- « La vie est comme un arc-en-ciel : il faut de la pluie et du soleil pour en voir les couleurs ! » écrivit Jules Renard et si cela peut vous consoler!

Les Lieux du Mystère


- Au sujet de vos petites incartades hors du monde de l’édition, poursuivons avec vos expériences théâtrales.
29 avril 2003, Arles. Sur la scène d'un théâtre magnifiquement rénové, se déroule la première d’un spectacle singulier : Le Philharmonique de la Roquette joue en direct, je n’ose dire en chair et en os, les compositions écrites et arrangées par eux-mêmes tandis que sur l’écran passe un film dessiné par l’auteur lui-même. Une fois de plus, il n’a pu résister à la tentation de se mettre en scène. Cette fantaisie commence ainsi :
Oscar Wilde écrivit: « Les artistes que j'ai connus et dont le commerce était agréable étaient de mauvais artistes. Les artistes authentiques n'existent qu'au travers de leur œuvre et, dans la vie, ne présentent absolument aucun charme. »
Ce garçon s'appelle Jean-Claude CLAEYS et il illustre parfaitement cet aphorisme.
C'est la moindre des choses : Il est illustrateur !
Il a froid. C'est l'hiver…
Même le café, dont il est grand consommateur, ne parvient plus à le réchauffer.
Pire, les doses massives de caféine ne font que stimuler l'infernale effervescence de sa cervelle.
Il souffre de cette singulière maladie qui ravage les races à bout de sang. La mélancolie noire.
CLAEYS maudit l'emploi que le théâtre de la vie lui a dévolu. Emploi dans le sens : Jeune premier, ingénue, servante ou valet…
Lui, il est un spécialiste de la représentation de la mort violente, du crime organisé et de la délinquance artisanale.
Et quand il dessine simplement une jolie fille, son public cherche un maniaque caché derrière un pan de mur foudroyé ou un Chesterfield patiné…
- Il y aura SEPT REPRÉSENTATIONS !
- Résolument! Sept, pas une de plus, pas une de moins. Ne dit-on pas que le SEPT est un chiffre magique, bénéfique et chanceux car il est la somme de deux nombres eux-mêmes propices à la bonne-fortune: trois et quatre.

« L’Homme à l’Orange »


- Ah ! L’histoire de « L’Homme à l’Orange » : enfin votre récit a un sens et les images s’enchaînent avec une forme de logique. Certes, qui vous est propre ! Ce dessin servit pour la première scène tournée dans le court-métrage: « Le monde de Jean-Claude CLAEYS ».
- Originellement, cette illustration avait été réalisée pour « Hitchcock Magazine », la collaboration la plus épatante dont on puisse rêver puisque je n’avais même pas la contrainte d'un texte à illustrer. Hum… Contrainte, n’étant d'ailleurs pas le terme approprié puisque la fonction d’un illustrateur est de réaliser, à chaque couverture, un compromis qui se veut heureux entre l’univers du roman et son propre monde intérieur. Dans le cas de « Hitchcock Magazine », le choix des nouvelles n’était fixé qu’en dernière minute et il me revenait d’inventer chaque mois une situation dite de « SUSPENS »… Ici, l’idée est de représenter une de mes petites terreurs secrètes : celle d'une contamination de certains produits alimentaires par un type très mal intentionné.
- De grâce, épargnez-nous vos phobies et venez-en au fait.
- Voilà ! Voilà ! Cet original, je m’en souviens surtout parce qu’il servit en effet pour le premier plan réalisé par Jean-François Jung...
FLASH-BACK
Les éclairages sont en place, le metteur en scène me pousse devant le chevalet (un gros truc patiné par le temps et qu’il a déniché chez les antiquaires de l’Isle sur la Sorgue). Puis il me place, Jean-François Jung, une orange dans le creux de la main et me demande de bien la regarder .
« Aaaah ! - que je pense IN PETTO - Je vais avoir l’air d'une autruche qui vient d'apercevoir un bouton de porte en cuivre! »
Du coup, je commence à ruisseler de terreur et d’appréhension. Une vraie fontaine qu'aucun fond de teint ne saurait masquer.
- Comment vous est venue l’idée de cette illustration ? Qu’il me questionne, l’autre, impitoyable.
- Heu… C'est-à-dire que… Enfin, vous comprenez… - Je commence, avec une voix qui ressemble au dernier soupir d’un canard à l’agonie.
Depuis ces lointaines années, Jung ne cesse de me répéter combien ses techniciens ont eu du mérite à rendre intelligibles mes bribes de pensées, aussi éparses que ténues…

« Ça va barder à Saint-Panthaléon »


- Le titre de cette bluette était: « Ça va barder à Saint-Panthaléon »! Est-ce l'homme aux mille visages, ou Jean-François Jung lui-même, qui me fit découvrir cette pompe oubliée par un garagiste sans scrupules, sur le bord de la route de Saint-Panthaléon…
- Pour les parisiens, précisons que Saint-Panthaléon se trouve près de Gordes.
- Saint-Panthaléon est un village qui fait dans le genre quelques maisons de chaque côté d’une route: rien de plus! Mais revenons à notre pompe à essence, qui est le sujet du jour. Moi-même, par goût, je cherchais quelque chose de plus ancien encore, le genre munie d'un bras avec lequel on pompait d'une ampoule de verre vers une autre. Voyez? Il y en avait une comme cela, au bout d'un chemin de mon enfance, sur la route de Corbeil…
- Où vous alliez voir passer le Tour de France, je sais.
- Ah ! Je vous ai déjà raconté... Ce dessin fut réalisé en direct pour ce court-métrage de 17 minutes que le Maître lui-même me consacra dans le cadre de « Océaniques », une émission d’Alain Jaubert diffusée sur FR3. Il y a... Un certain temps.
- En cours de route, ce couple s’arrête dans une station-service, sous le prétexte de faire le plein. Le personnage masculin tient, entre ses doigts, le moyen de remédier à un coup de folie et au caractère indissoluble de l’engagement pris !
- Comme le dit Charles Ryder dans Brideshead revisited: « Dépouillée maintenant de tout ce qui avait fait son enchantement, la Bien-aimée n’était plus pour moi qu’une étrangère sans affinités, à laquelle je m’étais lié indissolublement dans un accès de folie… »
- Et s’il se trompait ? Oui, qu’il réfléchisse bien: il est encore temps. Ensuite ce sera la politique de Lady Macbeth : « what’s done is done » !

samedi 12 novembre 2011

« Job 14 »


- « L'homme né de la femme, a la vie courte, sans cesse agitée. Il naît, il est coupé comme une fleur; Il fuit et disparaît comme une ombre », rappelait ce flic afin de réconforter le type qui s'était pris une bordée de pruneaux dans le buffet.

vendredi 11 novembre 2011

« HUMPF ! »


« Et parfois même: HUMPF! »

« SPLATCH ! »


« Ça fait: SPLATCH ! »

« Et ça fait: VLAM ! »


Wellcome dans « Le monde de Jean-Claude CLAEYS », selon l'expression de Jean-François Jung, où:
« Ça fait: VLAM ! »

Venez dans mon Comic Strip...


« Vous n’êtes tragiquement que ce spécialiste de la représentation de la mort violente, du crime organisé et de la délinquance artisanale » Venait-elle de dire.
KLONK! Avait fait la crosse du Smith & Wesson.
BLAM! BLAM! fit leur copain Colt... « Si ça peut t’être d’un certain réconfort, dis-toi bien que tout ça n’a rien de personnel: je fais ça pour l'argent ! » Que je m'excusais, pour ainsi dire, auprès de mes clients! Oui, venez dans mon Comic Strip...

« Naturam expelles furca, tamen usque recurret »


KLOMP! Fit la crosse du Smith & Wesson.
- Voilà, j'avais encore raison. « Naturam expelles furca, tamen usque recurret » nous enseigne Horace : chassez le naturel et il revient au galop !
- De quoi parlez-vous donc ?
- De votre inclination à représenter des scènes de violence.
- Ma chère, malgré les apparences, aucun mauvais traitement n'a jamais été infligé à mes modèles! Tout ceci n'est que de la mise en scène et les expressions reflètent soit les talents d'acteur de ces derniers, soit mon talent à bien représenter des grimaces. Parfois même les deux!
- C’est un sujet sur lequel je me suis déjà longuement exprimée. Et donc encore, en arrière-plan, vos balivernes au sujet des bibliothèques ou des musées. Lesquels, dites-vous, symbolisent la vanité de la connaissance: « Je me suis dit en moi-même: voici que j'ai accumulé et amassé de la sagesse, plus que tous ceux qui ont été avant moi à Jérusalem, et mon cœur a possédé amplement sagesse et science. J'ai appliqué mon esprit à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie; j'ai compris que cela aussi est poursuite du vent. Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur... »
- Ça, c’est Qohélet, Fils de David et Roi à Jérusalem, qui nous le dit.
- Aie ! Citer Maxime Préaud, Pascal Quignard ou l’Ecclésiaste, il n’est pas étonnant que vous ayez perdu tant de lecteurs en cours de route. Pourquoi pas ce bon vieux Job, pendant que vous y êtes ?
- Non, pas Job : le pauvre est déjà bien assez accablé comme ça !

dimanche 6 novembre 2011

« Vol à la Grande Bibliothèque »


- Notre ami aux mille visages fut aussi bibliothécaire.
- Oui. Cette fresque était destinée au « Salon du livre de Bécherel ». « Unique ou en nombre, amoncellement du savoir, recueil de textes antiques, ouvert aux pages illustrées, refermé sur le secret de la parole sacrée, le livre est l’attribut du savoir et de la sagesse. Mais aussi de leur vanité en regard de l’éternité... » Disiez-vous. Pensez-vous que ce commentaire s’imposait ?
- J'ai simplement présenté ce dessin sous le titre « Vol à la Grande Bibliothèque ».
- C’est préférable : ils auraient mal vécu d’être comparés à des cimetières aux pierres tombales plus ou moins colorées !

« La Pierre de Lune »


- Oooohhh! - S'exclama-t-elle - N’est-ce pas l'illustration pour « La Pierre de Lune » de Wilkie Collins, un roman dont l’auteur ne se souvenait plus tant il avait abusé du laudanum durant son écriture?
- Exactement. Et l’on peut dire qu’elle marque l’apogée de ma carrière. En effet, dans le film de Jean-François Jung et dont il est question depuis plusieurs billets, la voix formidable de Pierre-André Boutang lisait un extrait du livre tandis que la caméra panotait sur mon dessin. Cela ne vaut-il pas toutes les palmes académiques du monde ?
- Si vous le dites! En tous cas, vos éditeurs en avaient pour leur argent: car vous avez dessiné cette statue indienne entièrement à la main, n'est-ce pas ?
- Cela va de soi. Et vous pouvez constater que notre ami de Lagnes tînt bien d'autres rôles que celui de punching-ball !
- Le soi-disant diamant était en fait un magnifique cabochon de bouteille qui m'appartenait.
- Rendons à César ce qui lui appartient!

vendredi 4 novembre 2011

« L’Homme aux mille visages »


- Mais, plutôt que de nous attarder sur vos petites phobies…
- Sans lesquelles je n'aurais rien crée puisque que n'ayant rien à mettre en scène !
- C’est une possibilité, je vous l’accorde.
- Vous ai-je déjà dit que j’ai vu s’éteindre peu à peu, mais inexorablement, la flamme artistique chez certains de mes pairs, lesquels avaient noués des relations, à la fois trop longues et trop personnelles, avec des « shrinks ».?
- Des « docteurs Maboule », en français. Oui, vous me l’avez raconté mille fois. Mais revenons à « L’Homme aux mille visages ».
- Jean-François Jung voulut, dans « Le Monde de Jean-Claude Claeys », reconstituer cette scène. Le malheureux passa une partie de la nuit sous le robinet d'arrosage du jardin, tandis que la caméra panotait complaisamment sur les filets d'eaux qui ruisselaient sur le « BURBERRY » détrempé. Et je ne veux pas faire de contre-publicité à ces ingrats dont j’ai fait la fortune en multipliant les représentations de leurs imperméables, mais ils sont tout, ces trench-coats, sauf imperméables !
- Notons qu’il s'agissait, au départ, d'une publication du Centre Georges Pompidou. Dans les Cahiers du CCI, un numéro spécial intitulé : « Tout Autour, Banlieues d’images et d’écritures ».
- Je l'avais oublié, cette publication pourtant prestigieuse! Hum... Je me demande bien pourquoi j'avais dessiné cette planche et quel était son rapport avec le thème des Banlieues?... J'ouvre le bouquin et je me rends compte que j'avais alors inséré des bulles. Elles disaient, ces bulles: « Février 1934, dans la banlieue industrielle de Solingen... Une pluie fine tombait sur la Ruhr: je relevai le col de mon Burberry. En vain, un filet glacé me ruissela entre les épaules! Je frissonnai: les pavés mouillés reflétaient le rougeoiement des usines où se forgeaient les armes d'une revanche à venir. Fallait que j'en réfère immédiatement à Downing Street... ».
- C’est pathétique !
- Oui, des réminiscences de l'Agent Secret X13, j'en ai peur.
- Dans ce numéro des Cahiers du CCI, je lis même une interview de Robert Doisneau, dedans.
- Robert Doisneau, vraiment ?... ©1986 : tout s’explique. C'est qu'il y en a de l’eau qui est passée sous le Pont Mirabeau!
- Où coule la Seine ?
- De préférence !

Le BARON ROUGE


- Aventurier intrépide mais aussi aviateur. Un de mes dessins préféré. J'ai refusé de le vendre à un riche amateur de vieux coucous.
- Mais vous vendez des BAISERS.
- J'ai eu tord. Un dessinateur devrait se garder une collection particulière. Mais vous savez...
- Oui, je sais: la vie d'artiste avec cette fin du mois qui revient sept fois par semaine. J'ai donné! Au passage, cette jaquette relevait de l'imposture...
- J’avoue. Il s’agit d'une illustration que j’avais réalisée pour l’Archer Vert. Mon dessin donne l’impression qu’il s’agit d’une histoire d’aviateurs alors que cette scène n’est un souvenir tenant à peine dix lignes dans le livre.
- Mais elle a plu, cette couverture ?
- J'imagine.
- Alors dites-vous une bonne chose : une couverture qui séduit, même si elle est un peu tirée par les cheveux, est préférable à une autre plus fidèle mais sans charme. Car votre métier est de plaire, de représenter une scène susceptible de tirer le badaud par la manche. Afin que ce dernier, séduit ou interloqué, jette un œil sur la quatrième de couverture… Ainsi, s'il fait ce choix (et cela parmi tant d’autres), vous aurez accompli brillamment votre office.
- Vous êtes formidable ! Hum… Je me disais : vous ne voulez pas créer une Maison d’Éditions ?
- Oh, vous savez : éditer des livres serait une chose merveilleuse. Hélas, il y a les auteurs !
- Qui, eux-même, disent: « Tous les éditeurs sont des charognes ! C'est peu dire que je ne les aime pas: je les hais! Rien à faire avec eux, ce sont des commerçants. C'est tout dire. Leur devoir est de nous tondre à rien! Comment ils s'y prennent? Vous, ingrat qui leur devez tout. Eux, qui ne vous doivent jamais rien! » Ou bien: « Je me fous énormément de ce que mon éditeur peut penser de mes livres. Il n’est même pas question de solliciter son avis car son goût est forcement mauvais. Autrement il ne ferait pas ce métier de semi-épicier, semi-maquereau ! »
- Et ce type avait encore un éditeur ?
- Étrangement: oui ! Un prénommé Gaston...

L'Aventurier du Yucatan


- Loin d'être confiné à l’emploi de souffre-douleur, notre ami joua tous les rôles dont celui d'aventurier...
- « Dérivant à bord du sampang
L'aventure au parfum d'Ylang-ylang
Son surnom, Samouraï du Soleil
En démantelant le gang de l'Archipel… » ?
- Un peu, je l’avoue et les romans d’Henri Vernes illustrés par Joubert ne sont pas étrangers à mon étrange vocation ! Ce dessin, tout comme « Le Fou à la Mobylette, « L’Homme à l’orange » ou « Nuit d'orages » » fut également mis en scène dans le film de Jung… Il me fallut encore sacrifier une chemise, lacérée avec un coupe-chou: une dépense non remboursée par la production.
- Vous vous aventuriez sur des territoires qui ne vous étaient pas familiers…
- Sur « Le Territoire des Morts », je dirais même! Un William Irish. C’était une illustration intérieure pour cette collection confidentielle chez SINFONIA, initiative éditoriale de cet incroyable touche-à-tout: Jean-Pierre J*. Je me souviens maintenant qu’il avait écrit un gros livre plein d’images avantageuses sur ce type amateur de gros-bonnets: Russ Meyer. Plus tard, et malgré son inclination pour les films de gladiateurs dont les acteurs oublient d’enlever leurs montres-bracelets, J-P J* se prit de passion pour le cinéma d’auteur japonais. Genre Mizoguchi, si vous voyez ce que je veux dire...
- J'ai toujours préféré Shohei Imamura.
- Moi-même, toutes mes complaisances vont à Hideo Gosha. Mais chacun son truc! Bref, notre bonhomme devint une sorte de spécialiste du film nippon. Dans sa quête de rédemption, il traduisit même des philosophes comme Spinoza, Hume, Locke ou Schopenhauer.
- Pfff ! Ne publia-t-il pas des monographies sur sur Miles Davis et Charlie Parker…
- Si! J'avais réalisé une très belle affiche pour un documentaire qu’il avait sorti en salle, profitant de la publicité faite autour du film de Clint Eastwood.
- « Bird », voilà. Le documentaire s’appelait quant à lui « Bird Now »…

La tête contre les murs


- Aie! Le pauvre homme! Pourtant, nous le connaissions bien. Il y a quelque chose de profondément mauvais en vous !
- Conclusion hâtive : c'était son truc.
- Prendre des coups de poing dans la figure ou se faire taper la tête contre un mur ?
- Non : il faut dire que c’était notre voisin quand nous habitions à Lagnes. Il aimait rendre service... D’ailleurs, je me souviens que ce concassage de crâne fut le premier dessin réalisé avec lui. Un garçon, tellement complaisant... Je le mis ensuite souvent en scène. C'est lui qui apparait sous la pomme du jet d'eau et en trench-coat dans ce beau film conçu pour l'émission OCÉANIQUES, « Le Monde de Claeys », écrit et mis en scène par Jean-François Jung…
- Mince, alors! Ce malheureux devait expier quelque faute ancienne et n'avait pas trouvé meilleure pénitence que celle de vous servir de souffre-douleur?
- Vous imaginez encore des trucs. Il travaillait, lui aussi, dans l’« ENTERTAINMENT » et c'était un vrai professionnel qui comprenait les exigences du réalisme. Enfin, malgré les apparences, aucun mauvais traitement n'a jamais été infligé à mes modèles! Tout ceci n'est que de la mise en scène et les expressions reflètent soit les talents d'acteur de ces derniers, soit mon talent à bien représenter des grimaces. Parfois même les deux!

BIG STAN


- Ah !
- Que vous arrive-t-il ?
- Je me souviens ! « Quand la Ville dort »…
- « Quand la ville dort
Je laisse aller le sort
Je n'ai aucun, je n'ai aucun, je n'ai aucun remords » ?
- Non, pas « Niagara ». Plutôt William R. Burnett.
- L'auteur de « Little Ceasar » ?
- Voilà! Je me souviens de Doc Riedenschneider. A la fin de « The Asphalt Jungle », il se fait arrêter pour avoir donné une pièce à une fille, beaucoup trop jeune pour lui, afin qu’elle danse au son d’un jukebox. « Depuis combien de temps étiez-vous là ?» Demande le flic.
Doc répond: « le temps d'un disque... »

Aventures exotiques


- Je ne me rappelais pas non plus que vous aviez illustré des romans d’aventures exotiques.
- Moi non plus !
- Quel naufrage ! Vous avez commencé la rédaction de ces billets par « JE ME SOUVIENS », puis ce fut « JE NE ME SOUVIENS PLUS TRÈS BIEN ». Aujourd’hui, c’est trop souvent: « RIEN. RIEN de RIEN. JE NE ME SOUVIENS DE RIEN ! »
- Ça dépend de quoi. Ainsi je me souviens très précisément que nous nous sommes rencontré dans une boite brésilienne de la rue Mouffetard. Un pur hasard car je fréquentais plutôt le « 78 » ou « Les Bains Douches », à moins que ce soit « L’écume des nuits »... Mais, ce soir-là, de vagues copains (en fait, je ne suis pas vraiment le genre à copiner) m’avaient entrainé sur la Montagne Sainte Geneviève. L’un d’entre eux, un maladroit dont je tairais le nom, renversa votre verre. Je demandai à ce que, bien naturellement, le barman vous le remplaça…
- Vous étiez un garçon tellement prometteur.
- J’ai veillé à décevoir toutes les grandes espérances que chacun avait mises en moi ! Bref, nous sympathisâmes et vous m’aviez laissé votre numéro de téléphone sur un ticket de métro…
- Un ticket de métro : vous êtes certain ?
- Formel.
- Il était poinçonné, au moins ?

jeudi 27 octobre 2011

« GALAXIE »


- Saperlipopette ! - S’exclama-t-elle à nouveau - Je ne me souvenais plus que vous aviez fait dans la SCIENCE-FICTION.
- Moi non plus ! Vous êtes certaine que c’est moi qui ai pondu cette image ?
- Bien sûr ! L’identité du couple ne laisse aucun doute à ce sujet !
- Ah, d’accord… Mince alors ! Je me suis dessiné des oreilles de VULCANIEN. C’est très bizarre car je n’ai jamais vraiment aimé les vulcaniens.
- Allons : soyez ouvert à la différence ! J’imagine qu’il est inutile que je vous demande pour quelle maison d’édition vous avez réalisé ce travail ?
- Aucune idée, bien sûr ! Mais, savez-vous, j’ai commencé dans ce genre.
- Par représenter des vulcaniens lubriques ?
- Ne m’accablez pas plus encore que ne le fait déjà ce dessin. Ce que j’essaye de vous dire, c’est que j’ai commencé ma carrière dans « GALAXIE » et que les œuvres de Cordwainer Smith, Poul Anderson, John Wyndham, Isaac Asimov, Michael Moorcock, Philip José Farmer ou Daniel F. Galouye n’avaient aucun secret pour moi.
- Ça, c’est un SCOOP ! Et pourquoi avez-vous finalement rejoint les cohortes du « ROMAN NOIR » ?
- M’en souviens plus.
- Remarquez, c’était peut-être préférable !

- Mister Smith, pourvoyeur éclairé en artillerie non-déclaré, représente une transition idéale pour en revenir à votre sale petit commerce personnel et à l’instrument de travail le plus utilisé pour l’accomplir : le pistolet.
- Ou le revolver, selon les écoles.
- Vous n’êtes pas ici pour faire une conférence sur les qualités et défauts des uns comparés aux autres et, par conséquent, donner de mauvais conseils. Lesquels pourraient susciter de funestes vocations !
- Saperlipopette ! Je n’y avais pas songé mais vous avez entièrement raison. Puis-je cependant préciser que ce « Tueur sous le métro-aérien de Chicago » tient un Mauser C96, le même modèle qu’acquit à Londres, en 1898, le jeune lieutenant Winston Churchill avant de partir au Soudan.
- Et ce dessin servit pour... ?
- Ah ça, je me rappelle : une belle affiche de promotion, très rare, pour les Éditions N&O.
- Le Trench-coat est fort bien dessiné : encore un « Burberry » ?
- Ah ! Cessez de me poignarder avec des saucisses chaudes: j'ai déjà assez fait de publicité pour ces ingrats sans que vous ne les citiez encore !

mardi 25 octobre 2011

« Je m’appelle Smith : un nom pratique et qu’on retient facilement ! »


- Finalement, même pas !
- Même pas, mais quoi ?
- Ce n’était pas une couverture pour les éditions N&O.
- Non ? Et pour qui, alors ?
- Aucune idée ! Ce dont je suis sûr, c’est que Jean-Pierre J* hérita d’un rôle dans « Lüger et Paix ».
- Celui d’un fourgue en artillerie non-déclarée.
- Un commerce prospère qu’il exerçait sur les quais et dans la plus grande discrétion. Le texte, écrit par Richard D. Nolane et moi-même, disait:
Old Jamaïca Embankment…
« Je m’appelle Smith : un nom pratique et qu’on retient facilement ! »
« Ça ira pour Smith. Moi c’est Wesson : deux noms qui vont très bien ensemble ! Je peux voir votre camelote. »
« Mais comment donc !... Pour commencer, un Grand Classique… »

- Vraiment ? Vous vous en rappelez ainsi ?
- Quoi donc ?
- De cette soirée dans la « gentry » avignonaise et dont vous écrivez qu’elle était, je vous cite, « emplie de curieuses turpitudes »: c'est dégueulasse !
- Résolument !
- Non, ce qui me révolte, c'est que je n’en garde aucun souvenir! Par contre, je me remémore chaque détail de la scène qui précéda, tandis que nous nous préparions…
- Je vous en prie !
- Tranquillisez-vous: tous ces secrets, je les ai chuchotés dans l’anfractuosité d’un vieil arbre, dans la forêt de cèdres qui domine Fontaine de Vaucluse.
- Et vous avez bien refermé avec de la terre ?
- Aucune indiscrétion n’est à craindre de ce côté.
- Parfait.
- C’est curieux la mémoire : comme si tout ce qui n’était pas lié à des émotions s’effaçait peu à peu… Ce qui est certain, c’est que nous rencontrâmes, au cours de la nuit qui suivit, cet amateur éclairé de JAZZ. Lequel s’était donné pour mission de promouvoir le cinéma de Russ Meyer…
- Nous lui sommes redevable de nous avoir fait découvrir Jim Hall, Ron Carter, Art Farmer…
- Steve Gadd aussi. Et puisque nous parlons cymbales et charlestons, nous fîmes la connaissance, par son entremise et dans ce restaurant qui nous tenait lieu de cantine, le Mas de Curebourg, d'un homme excessivement charmant : Daniel Humair.
- D’ailleurs le voilà.
- Daniel Humair ?
- Non, mon pauvre ami: notre MENTOR en matière de jazz, Jean-Pierre J* himself ! C’était une couverture pour qui ?
- Diable ! Me souviens plus… Par contre, notre début de soirée, juste avant de nous rendre à cette « PARTY », m’inspira à de nombreuses reprises…
- Vous allez encore me faire rougir!

« SINFONIA »


- Mais, devant tant de crimes, ne ressentez-vous jamais, tout au fond de vous, comme une gêne obscure ?
- Pas du tout: « Il faut vous avouer que, à la suite d’une mauvaise chute de cheval, j’ai perdu toute espèce de sens moral ! »… Ah ! Une manière plus originale de faire passer le goût du pain à des gens qui pouvaient se révéler trop bavards.
- Des confidences étouffées sous l’oreiller, pour ainsi dire! C’était pour cette collection dirigée par François Guérif et Stéphane Bourgoin, aux très éphémères éditions « SINFONIA ».
- Comment s’appelait ce garçon qui les avait fondées ?
- Ah ! Celui qui, d’Avignon, avait révélé au public français l’œuvre de Russ Meyer: Jean-Pierre J*.
- Voilà. Nous l’avions rencontré lors d'une soirée mondaine et qu’il animait avec une formation de jazz...
- Lui-même au poste de batteur…
- C'était un très grand admirateur de Roy Haynes dont il avait le style, je crois. Mais c'est si lointain: je me trompe peut-être...

samedi 22 octobre 2011

PSYCHOSE


- Et voici, en quelque sorte, le contre-champ de l’image précédente.
- Dont le modèle, celui pour l’assassin, était certainement le tenancier d’un certain Motel dont l’enseigne clignote sur une route désertée.
- Motel dominé par une de ces maisons de caractère et que l’on nomme « Victoriennes ».
- Voilà ! Depuis ce fameux film, les salles de bain sont devenues un lieu des plus mortifères et prendre une douche reste un exercice dont peu de jeunes femmes femmes sortent indemnes. A commencer par celle-ci, Pélagie Rosier, ex-danseuse légère (plus connue jadis sous le nom de Lola-Lola) et que l’on retrouvera coupée en morceaux dans une malle en osier!
- Cela, vous venez de l’inventer. Pour en revenir à des choses plus sérieuses, cette modèle que j’avais, pour vous, recrutée dans un magasin de chaussures…
- Un magasin de chaussures, vraiment ? Elle y travaillait comme le personnage de Fabienne, dans « Baisers Volés », et qui disait à cet affreux Doinel: « Vous dites que je suis exceptionnelle... Oui, c'est vrai... Toutes les femmes sont exceptionnelles, chacune à leur tour... »
- Pourquoi affreux ?
- Elle lui demandait ensuite : « Vous aimez la musique, Antoine? » et il répondait : « Oui monsieur! » avant de s’enfuir comme un voleur…
- Naturellement: se conduire ainsi vis-à-vis de Delphine Seyrig est assez impardonnable. Mais revenons à la triste réalité, la votre : j’avais donc recruté cette modèle et, malgré bien d’autres poses que vous aviez réalisées avec elle, elle n’eût jamais d’autres emplois que celui de « jeune femme terrorisée dans une salle de bains ».
- Un emploi à plein temps ! Ici dans « La Mort de Jim Licking » de Leo Latimer (Léo Malet), puis elle hérita d'une silhouette dans « L'Été Noir! » (appelé aussi l'Album Maudit), d'une figuration dans la nouvelle version de « La meilleure Façon de Tuer son Prochain » et enfin PSYCHOSE 2 de Robert Bloch car on ne sort jamais d'une telle malédiction!